Quête de sens au travail : une préoccupation élitiste ?
La quête de sens au travail compte de plus en plus d’adeptes. Est-elle l’apanage des classes privilégiées ou un phénomène social généralisé ?
Dans cette réflexion stimulante proposée par Hugo Bonnaffé dans Usbek & Rica le 20 novembre 2018, la notion de quête de sens au travail est interrogée, non pas uniquement comme une aspiration individuelle contemporaine mais comme un phénomène potentiellement élitiste. L’auteur commence par souligner qu’une proportion massive des salariés – 87 % – accordent aujourd’hui une importance cruciale au sens de leur travail et que, pour 54 %, cette recherche a même orienté leur choix professionnel. Pourtant, paradoxalement, plus de la moitié estime que ce sens s’est détérioré, victime des mutations induites par la mondialisation, la bureaucratisation des organisations ou encore la révolution numérique .
Bonnaffé interroge ensuite la dimension élitiste de cette quête : est-ce un privilège réservé aux cadres et aux professions intellectuelles, ou un besoin partagé universellement ? En citant des travaux de sociologues tels que David Graeber (Bullshit Jobs) ou Dominique Meda, il illustre comment la complexité accrue des organisations délite les sens individuels, conduisant certains à quitter leur cadre professionnel, parfois au prix d’un déclassement.
Enfin, l’auteur articule cette interrogation avec la montée en puissance de la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE). Il montre que, si la quête de sens n’est pas l’apanage des élites, son accès et son expression varient selon le statut professionnel. Il met en garde contre ce que certains appellent le « purpose washing » : une instrumentalisation des discours de sens, attachée à l’image des entreprises plutôt qu’à une transformation réelle.

Hugo Bonnaffé
Personne n'est à l'abri de dire un truc intelligent. Inventeur d'histoires vraies.









